13.12.2010

L'étranger

(Regroupés sous le titre de Petites histoires oniriques, ces textes sont extraits de l’imaginaire de leur auteur. Se basant sur quelques éléments de son propre inconscient, l’auteur a opéré une sélection, une amputation et une mise en récit « consciente » à des fins purement narratives. Toute analyse psychanalytique serait d’avance biaisée. Enfin précisons que toute utilisation de ses textes et des images à des fins personnelles ou commerciales est interdite)

 

– L’étranger –

Debout, à proximité des portes principales de l’église, il fait face à l’autel devant lequel est entreposé le cercueil. Les vitraux du flan gauche de la bâtisse laissent passer les rayons de soleil d’une après-midi qui touche à sa fin. L’église lui apparait incroyablement grande, particulièrement profonde, et richement décorée de cierges.

Des groupes de personnes sont assises, de manière éparse, sur les nombreuses rangées de bancs qui jouxtent l’allée centrale de l’église. La cérémonie semble avoir déjà commencée. Pourtant il ne prête aucune attention à la messe. Tout juste aperçoit-il le prêtre faisant la cérémonie. Perdu dans ses pensées, il n’entend qu’un brouhaha de murmures.

Après un long soupir, il s’engage d’un pas nonchalant sur l’allée centrale à la rencontre du défunt. Les personnes assises réagissent. Certains commentent mesquinement sa présence, d’autres l’interpellent. Cela l’affecte et le stoppe dans son élan. Mais il ne s’attarde pas longtemps sur eux, car son esprit reste fixé sur la boîte en bois qui semble s’éloigner au fur et à mesure qu’il avance.

Mais alors qu’il s’apprêtait à toucher le cercueil de sa main gauche, une masse humaine – des êtres aux allures d’enfants – l’emporte avec force et enthousiasme loin du défunt. Il tente énergiquement de se débattre pour regagner l’autel mais cette foule l’en éloigne inévitablement. Le voilà dans l’arrière-fond de l’église où l’obscurité domine.

Quelques instants plus tard, il se retrouve dehors. Cette foule d’anonymes disparait aussi vite qu’elle est apparue. Il en a le tournis. Les cloches de l’église sonnent. Au loin il aperçoit le corbillard, suivi par les personnes présentes à la messe tous vêtus de noir, se diriger vers le cimetière. Comme un étranger, il observe la scène d’adieu de ce proche disparu.

28.11.2010

Oeuvre Macabre

(Regroupés sous le titre de Petites histoires oniriques, ces textes sont extraits de l’imaginaire de leur auteur. Se basant sur quelques éléments de son propre inconscient, l’auteur a opéré une sélection, une amputation et une mise en récit « consciente » à des fins purement narratives. Toute analyse psychanalytique serait d’avance biaisée. Enfin précisons que toute utilisation de ses textes et des images à des fins personnelles ou commerciales est interdite)

 

- Oeuvre Macabre –

Des bruits extérieurs viennent le sortir des bras de Morphée. Il regarde son réveil, il est trois heures du matin. Il sait que sa nuit est fini. Ne supportant pas rester éveillé dans son lit, il allume sa lampe de chevet et saute du lit. L’air est frais, l’hiver est arrive. Il enfile sa robe de chambre,  de couleur rouge pourpre, et sort fermement de la pièce.

Au bout du couloir, il aperçoit les rayons d’une lumière extérieure. Peut être a-t-on oublié d’éteindre la lumière de la terrasse ? En se dirigeant vers la source de lumière, il entend comme des bruits d’outils. La lumière vient bien de dehors, elle transparait par une fenêtre où s’appuient deux personnes. Il va à leur rencontre.

-          Qu’est ce que vous faites là à cette heure ci ?

-          Tiens salut ! Comment va ? Répond l’un deux en lui tendant la main, tandis que l’autre lui tourne le dos.

Il serre mollement la main du bonhomme sans prêter une spéciale attention à l’identité des deux hommes. Il semble d’avantage intéressé par ce qu’ils regardent que par leur présence à une heure tardive. Il se fraye un chemin entre les deux et jette un coup d’œil dehors.

Dehors se trouve une troisième personne, un râteau à la main. Il ramasse les vieilles feuilles. Le terrain est en pente et ne semble guère entretenu. Des rosiers sans feuilles côtoient comme des haies de ronces. La lumière de la terrasse n’est pas assez puissante pour éclairer au delà des arbustes. Et le ciel, chargé de nuages, ne laisse entrevoir ni étoiles, ni Lune.

Sans dire un mot, il laisse les compères à leurs (in)occupations. Dans l’obscurité la plus complète, il déambule dans sa demeure en direction de la cave. Et c’est seulement au moment où il emprunte l’escalier en colimaçon que la lumière apparait. Les lampes qui ornent les murs ne diffusent qu’une petite lumière mais cela lui suffit.

La cave est emménagée. Un grand bureau se trouve au milieu de la pièce et une bibliothèque assez importante occupe tout un pan de mur. Les autres murs sont en pierre apparente. Une grande baie vitrée tient place du quatrième mur et fait face au meuble central, accompagnée d’une solide grille extérieure.

Il vient s’assoir au bureau sur lequel est entreposé un livre ouvert. Il prend la plume à côté, la trempe dans l’encre et se penche sur le grimoire pour en continuer l’écriture, trop longtemps délaissée. Dans le silence assourdissant de la nuit, il remplit les pages blanches à un rythme frénétique.

Quelques heures s’écoulent. Des pas saccadés mais répétés viennent interrompre son inspiration nocturne. Attentif, il se fige alors un long instant. Mais au fur et à mesure que le bruit se rapproche, son cœur s’emballe. Puis quelque chose vient frapper contre la grille qui protège la baie vitrée.

Ces choses, car elles sont plusieurs en fait, ont la forme de mains. L’identité de ces choses lui apparait soudainement. Des corps à moitié décomposés s’agrippent à la grille, et s’acharnent sur elle pour espérer passer de l’autre côté. Les Morts-Vivants sont revenus.

D’une main tremblante, il reprend l’écriture de son livre. Il sait que les meilleurs moments de son histoire font intervenir ses monstres. Il doit terminer son œuvre pour se libérer d’eux. Jusqu’ici la grille a tenue. Mais ce soir, ils sont plus déchainés qu’à l’accoutumé et pourraient bien finir par l'atteindre…

02.06.2009

Le jeu de dés

Regroupés sous le titre de Petites histoires oniriques, ces textes sont extraits de l’imaginaire de leur auteur. Se basant sur quelques éléments de son propre inconscient, l’auteur a opéré une sélection, une amputation et une mise en récit « consciente » à des fins purement narratives. Toute analyse psychanalytique serait d’avance biaisée. Enfin précisons, si par hasard les propos ci-dessous avaient une quelconque valeur, que toute utilisation de ses textes à des fins personnelles ou commerciales est interdite)

 

- Le jeu de dés -

Arrivé devant une porte, l'homme reste immobile, un temps hésitant. En collant son oreille sur la porte pour en savoir plus, il entend des rires dont un seul retient son attention: celui d'une amie qu'il n'a pas vu depuis fort longtemps. Sans frapper, il tourne le poignet et d'un pas résolu pénètre dans la pièce. Il trouve des gens assis autour d'une table qui, tout en discutant de choses et d'autres, s'amusent au lancé de dés.

Son intrusion ne semble pas perturber le groupe. Personne ne se retourne et les rires continuent jusqu'au moment où la fille dont il a reconnu la voix, s'interrompt et l'interpelle. Au même moment, un siège se libère automatiquement devant elle. Un large sourire se dessine sur le visage de l'homme qui s'approche du groupe et vient s'asseoir sur la chaise vacante. Furtivement il jette un œil sur les gens qui l'entoure mais, incapable de les identifier, il se recentre sur son interlocutrice.

Celle-ci récupère les deux dés sur la table et les met dans le gobelet en bois qu'elle tient entre ses mains. Elle fait remuer le tout une petite minute avant de jeter les dés sur la table. En récupérant les dés, elle finit par demander:

- " Alors. On m'a dit que tu travaillais sur l'Egypte en ce moment. "

- " Oui. Mais c'est assez récent. "

- " Tu sais que j'ai toujours aimé la civilisation égyptienne... "

- " Oui, je m'en rappelle "

Après avoir mis une nouvelle fois les dés dans le gobelet, elle remua ces derniers tout en s'adressant à l'homme:

- " Tu veux jouer ? "

- " Pourquoi pas...Quelles sont les règles du jeu ? "

- " C'est très simple, il te suffit de jeter les dés..."

A peine les mots prononcés, elle jeta les dés sur la table. Mais l'un des deux tombes à coté de la table, à proximité de l'homme. Ce dernier se penche vers le sol pour récupérer l'objet tombé. Mais quand il se redresse et qu'il ouvre sa main vers son amie, il se rend compte que le dé a disparu et qu'à sa place il tient un objet en forme circulaire. Cela ressemble à une pièce ancienne. Sur un coté de la pièce, il remarque des inscriptions - comme des hiéroglyphes - quand sur l'autre face, se trouve une sorte de dessin: un obélisque, un temple, une pyramide, un sphinx.

- "... et compter les points" repris tranquillement la fille.

Intrigué par l'objet et surpris par la réponse de son amie, il se tourne bouche bée vers elle quand tout devient noir dans la pièce.

Lorsque la lumière revient, l'homme se trouve dans une tout autre pièce et la première chose qu'il voit n'est rien d'autre que son reflet. Sans se retourner, l'homme remarque dans le miroir la présence d'urinoirs dans la pièce voisine, bien mieux illuminée que celle des lavabos. Pour se remettre les idées en place, il ouvre le robinet d'un lavabo et s'asperge le visage d'eau quand soudain survient un bruit étrange.

Il se retourne immédiatement et aperçoit dans la pièce d'à coté, une silhouette à taille humaine entièrement recouverte de bandelettes. Cela ressemble à une momie. L'homme, qui sent la peur l'envahir et son cœur battre à toute vitesse, réussit à s'abstenir de crier ou d'émettre le moindre son. La silhouette, qui marche d'un pas lent et laborieux, ne semble pas avoir remarqué sa présence. L'homme recherche du regard une issue mais comprend que la seule sortie possible est celle par laquelle la silhouette même est apparue.

Toutefois, il aperçoit dans la pièce où il se trouve des toilettes individuelles où il pourrait s'enfermer. Il fixe la momie un bref instant. Il hésite entre tenter de sortir des toilettes ou de se réfugier dans les cabines. Mais la Chose finit par se retourner, le remarquer et se diriger vers lui. Pris de panique, l'homme court se réfugier dans les cabines, poursuivie par la momie qui semble se bouger plus facilement qu'il ne l'aurait cru. Mais au moment l'homme s'apprête à refermer la porte, la Chose parvient à interposer son avant-bras. Il est trop tard...